C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès du Professeur Raymond Ardaillou.
Figure majeure de la néphrologie et de la physiologie françaises, il fut l’élève de Gabriel Richet, aux côtés de Claude Amiel. Tout au long de sa carrière, il a conservé l’accent chantant de son Lot natal, rappel discret mais constant de ses racines et de la simplicité qui l’a toujours caractérisé.
Interne des hôpitaux de Paris en 1953, il a travaillé sous la direction de Gabriel Richet au sein du service de néphrologie de Jean Hamburger à l’hôpital Necker-Enfants malades. Il a obtenu son doctorat en médecine en 1959, puis est devenu chef de clinique à la faculté de médecine de Paris en 1960. Agrégé en 1965, il a rejoint Gabriel Richet à l’hôpital Tenon, où il a exercé l’essentiel de sa carrière. Nommé Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, il a dirigé pendant plus de vingt ans le service des Explorations Fonctionnelles Multidisciplinaires. En parallèle, il a succédé à Gabriel Richet à la tête de l’unité INSERM de l’hôpital Tenon (1985-1996), qu’il a contribué à porter à un niveau d’excellence reconnu et qui reste à ce jour la plus ancienne unité de recherche de l’Inserm encore en fonctionnement (U64 puis U489, U702 et actuellement UMR S 1155).
Il a consacré l’essentiel de ses recherches à la physiologie rénale et notamment à l’étude du glomérule, en mettant en lumière le rôle central de l’angiotensine et des prostaglandines dans la régulation de la fonction rénale. Par la rigueur de ses approches expérimentales et la portée de ses découvertes, il a apporté des contributions majeures à la physiopathologie des maladies rénales, qui continuent d’éclairer la recherche et la pratique clinique.
Auteur de très nombreuses publications scientifiques dans des revues internationales de premier plan, il a également joué un rôle éminent dans les institutions scientifiques et de santé publique. Membre de l’Académie nationale de médecine depuis 1996, il en est devenu secrétaire perpétuel en 2010. Il a contribué de manière déterminante à ses travaux et à son rayonnement, tout en présidant la Fondation du Rein à partir de 2006. Il fut par ailleurs conseiller de Simone Veil, participant aux réflexions stratégiques en matière de politique de santé, et a présidé plusieurs commissions de l’INSERM, témoignant de son engagement constant au service de la recherche biomédicale.
Parmi les distinctions qui lui furent décernées, on peut citer le Prix Montyon de l’Académie des Sciences, la Médaille Jean Hamburger de la Société française de Néphrologie, les titres de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite et de Chevalier de la Légion d’honneur, ainsi qu’une élection comme membre étranger honoraire de l’Académie royale de Médecine de Belgique.
Son engagement scientifique, sa rigueur intellectuelle et son sens de la transmission ont marqué durablement plusieurs générations de cliniciens et de chercheurs. Il a formé et inspiré de nombreux élèves, en France comme à l’étranger, transmettant avec exigence et générosité le goût de la recherche et de l’excellence.
Il laisse le souvenir d’un maître exigeant et bienveillant, d’un chercheur d’exception et d’un homme d’une grande humanité, profondément attaché à l’excellence académique et au progrès de la médecine, dont l’héritage continuera d’inspirer durablement la communauté scientifique et médicale.